
Le reportage, en version intégrale
La valeur des quotas des cinq productions sous gestion de l’offre (lait, œufs, volailles) frise les 40 milliards $. Toutefois, plusieurs experts s’entendent pour dire que si ce barrage saute, le marché canadien serait envahi d’une volée de poulets brésiliens ou no yé de produits laitiers néozélandais moins chers. Résultat : la valeur des quotas s’effondrerait. Comme les pr oducteurs sous gestion de l’offre ont en par tie dév eloppé leurs entr eprises en empruntant pour acheter des quotas , les banquiers se tr ouveraient à leur tour en mauv aise posture.
Dès lors , l’appui des ar gentiers au GO5 s’explique plus facilement : on craint un « crack » financier . D’où, aussi, la v olonté expr ess de vouloir classer ces pr oduits dans la catégor ie dite « sensible ». Le Canada tente de ménager la chèvre et le chou. D’un côté, il veut protéger les produits sous la gestion de l’offre (sacrifier ce pan de l’agriculture lui coûterait, au bas mot, 40 milliards $, soit le prix des quotas.
Et, politiquement, c’est un suicide!). De l’autre, il veut bénéficier de l’ouverture des marchés pour vendre son bœuf, son porc, mais plus spécifiquement son blé, car le pays est un des cinq greniers du monde. La Commission canadienne du blé, sous les feux de la rampe Dans l’œil de l’aigle américain depuis plus d’une décennie, la Commission canadienne du blé (CCB), affublée « d’entreprise d’État », est le dernier outil collectif des céréaliers de l’Ouest. Elle subit aussi le feu nourri de l’Union européenne.
« Nous servons de monnaie d’échange entre les deux superpuissances », expliquait Larr y Hill, un producteur et directeur de la CCB, juste avant son dépar t pour H ong Kong. Car, tant les experts à l’OMC qu’à l ’ALENA, et même à la C ommission amér icaine du commer ce inter national, ont exonéré la CCB de toute pratique commerciale délo yale, incluant le dumping. La C CB expor te en mo yenne quelque 17 millions de tonnes de blé par an dans 70 pays du monde. Reconnu internationalement pour sa qualité, le blé canadien commande une prime.
Advenant la disparition de la vache à lait des céréaliers canadiens, ces primes de qualité n’iraient plus dans la poche des producteurs, mais dans celles des actionnaires des multinationales Cargill, ADM, ConAgra et Louis Dreyfus. La CCB évalue le montant de ces primes à 200 millions $ par année sur un volume d’exportation moyen de 20 millions de tonnes, incluant le blé et l’orge. « Le texte final de Hong Kong signifie que l’existence de la CCB ne figurera pas à la table des négociations de l’OMC. Cela compliquera l’ambition des États-Unis d’éliminer notre système de mise en marché », souligne le président de la CCB, Ken Ritter, dans un récent communiqué.
Toutefois, en échange, les agriculteurs de l’Ouest canadien perdront les garanties gouvernementales sur les acomptes à la livr aison et sur les emprunts contractés par la CCB lors du prochain accord. JANVIER 2006 | Le Coopérateur agricole 19 SOUTIEN AUX PRODUCTEURS AGRICOLES PAR PAYS (en millions $ CA) MOYENNE ANNUELLE 2000-2003 Après Seattle, Doha et Cancun, c’était au tour de Hong Kong d’accueillir la Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce. Résultat, un sursis : les principaux outils de commercialisation des producteurs canadiens, la gestion de l’offre et la Commission canadienne du blé, s’en tirent à l’arraché.
Car « l’entente de Hong Kong » n’est qu’un son de cloche en vue d’un autre round de négos prévu en avril 2006.Le libreéchange en agriculture est-il une utopie? Le Coopérateurfait le point. Nicolas Mesly, journaliste nicolas.mesly@lacoop.coop avés de sub ventions, les producteurs américains et eur opéens font figur e de poids lourds. Et encore, pas tous : 80 % de ces aides tomberaient entre les mains de 20 % des producteurs.
« L’entente de Hong Kong » pr omet d’établir des règles intér ieures str ictes av ant même de monter dans le ring agricole international. « Personne n’y croit », souligne Mario Hébert, économiste principal à La Coop fédérée, à peine débarqué de l’avion et membre de la délégation québécoise mandatée en Chine. Quant à la lointaine promesse de suppression des subventions à l’exportation d’ici 2013, 90 % sont le fait d’armes des deux superpuissances agricoles, personne n’y croit réellement non plus. « La crainte, ce ne sont pas les soutiens à l’exportation.
Ce sont les subventions internes. Le cas du coton est éloquent ! », souligne l’économiste. Également négociée à Hong Kong : l’ouverture des frontières. Là, on touche au cœur du débat : les produits « sensibles ».
Si le Canada a ses propres produits « sensibles » (lait, œufs, volaille), les États-Unis, champions du libre échange, ont aussi les leurs (riz, coton, sucre). Même chose pour l’Union européenne et l’ensemble des 149 pays Le GO5 se fait des amis à Hong Kong! Dès l ’ouverture officielle de la Confér ence, les organisations communes de 128 pays dév eloppés et en dév eloppement, dont la C oalition nationale GO5 et l ’Union des pr oducteurs agr icoles, ont signé la déclar ation commune de COPA-COGECA (Comité des organisations professionnelles agricoles de l'U nion eur opéenne et C onfédér ation génér ale des coopér atives agr icoles de l'Union européenne) au nom du Canada.
La notion « équitable » du système canadien de la gestion de l’offre fait des adeptes. Revenu décent pour les producteurs, approvisionnement stable, de qualité, à un juste prix pour les transformateurs et les consommateurs, et l’absence de surplus de denrées vendues au prix de dumping dans les pays pauvres militent en faveur de cette recette. Les négociateurs canadiens avaient en poche une motion d’appui au principe de gestion de l’offre votée aux parlements d’Ottawa et provinciaux (Québec, Ontario, Nouveau-Brunswick, Îledu-Prince-Édouard).
Un mandat acquis peu avant la Conférence, en pleine campagne électorale! Le tour de force des négociateurs canadiens à Hong Kong, c’est d’avoir préservé les conditions actuelles d’ouverture des frontières aux produits « sensibles ». L ’entente ne prévoit pour le moment ni baisse de tar ifs ni augmentation des contingents tarifaires, qui agissent comme un barrage. Les négociateurs avaient-ils vraiment le choix? 18 Le Coopérateur agricole | JANVIER 2006 JANVIER 2006 | Le Coopérateur agricole 19 Fait-on le poids?
Les négociations à Hong Kong Dossier OMC G États-Unis Canada Union européenne PRODUCTION DE DIVERSES DENRÉES PAR PAYS (2005) Union européenne États-Unis Brésil Canada Québec Superficie agricole (millions ha) 169 179 65* 46 2 Blé (milliers t) Maïs(milliers t) Soya (milliers t) Vaches laitières (milliers têtes) Production lait (milliers t) Bœuf (milliers têtes) Porc (milliers têtes) Viande de poulets (milliers t) Viande de dindons (milliers t) Œufs (milliers t) PHOTO : BANQUE D’IMAGES CORBIS 68 625 147 813 6801 Le Québec est un petitjardin!
GESTION DE L’OFFRE / VALEURS DES QUOTAS 2005 (en milliers $ CAN) Canada Québec Poulets à griller Dindons Poules pondeuses (oeufs de consommation) Lait Total Sources : La Coop fédérée, OCCD, Les Producteurs de poulet du Canada Sources : Agriculture et Agroalimentaire Canada, NationMaster.com * Potentiel de 250 millions ha Source : OCDE 2005
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