
Le reportage, en version intégrale
38 COOPERATEUR.COOP – NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2016 À la fin des années 1940, un petit groupe de producteurs décident de former une coopérative laitière dans la ville d’Anand, dans l’État du Gujarat. Le but est de mettre fin aux pratiques commerciales douteuses d’intermédiaires ainsi que d’une société privée qui alimente le marché de Bombay, située à 460 km. Dans cette capitale financière de l’Inde coloniale, les hommes d’affaires anglais boivent leur thé avec un nuage de lait. Les producteurs de la coopérative d’Anand engagent un chef des opérations qui changera le cours de l’histoire laitière de l’Inde : V erghese Kurien, « l e père de la révolution blanche » .
Cet ingénieur en mécanique, formé aux L’INDE A RÉUSSI SA PREMIÈRE « R ÉVOLUTION BLANCHE » – S OIT DEVENIR AUTOSUFFISANTE EN LAIT – EN MISANT SUR LE SYSTÈME COOPÉRATIF. LE PLUS GROS PRODUCTEUR LAITIER DE LA PLANÈTE ENTEND MAINTENANT DOUBLER SA PRODUCTION ET MODERNISER SON INDUSTRIE D’ICI 2020. LA GÉNÉTIQUE ET L’EXPERTISE CANADIENNES ONT-ELLES LEUR PLACE DANS CE PLAN? CITADELLE, PAR EXEMPLE, RÉUSSIRA-T-ELLE À SUCRER LA DENT DU TIGRE INDIEN, OU ENCORE OLYMEL À LUI VENDRE SON BACON ?
TEXTE ET PHOTOS DE NICOLAS MESLY États-Unis, va propulser le modèle coopératif dans l’État du Gujarat. Il dote les coopératives d’un bras commercial pour faire connaître leurs produits et gagner le cœur des consommateurs. C’est ainsi qu’est née, en 1954, l’Anand Milk Producers’ Union Limited, ou Amul (nom dérivé d’amulya, qui veut dire « p récieux » e n sanscrit). Après que la nouvelle Inde indépen - dante s’est affranchie du joug anglais, en 1947, son premier ministre charge Verghese Kurien de répliquer le modèle Amul dans le reste du pays.
L’objectif : q ue le pays devienne autosuffisant en lait, pour ne plus dépendre des importations et des sorties de précieuses devises étrangères des coffres DE LA VACHE SACRÉE 1 110028_Cooperateur_NOVEMBRE16 STt.indd 38 16-10-28 14:47 39 COOPERATEUR.COOP – NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2016 AFFAIRES AGRICOLES | 1. L’Inde possède le plus gros troupeau de buffles au monde. Le lait contient de 9 % à 14 % d e matière grasse. 2. Les vaches en Inde sont sacrées !
E n ville, les citoyens payent pour que les vaches soient nourries de bons fourrages chaque jour, un geste qui porte chance. 3. Le beurre Amul produit dans l’usine d’Anand est son produit phare. Ces petits contenants se retrouvent à bord de compagnies aériennes. 4. Le directeur général du National Dairy Development Board, Shri T.
Nanda Kumar, entend moderniser et doubler la production laitière de l’Inde d’ici 2020-21. 5. Du bacon d’Olymel chez les Indiens ? D ans un pays où la consommation de viande est interdite pour 20 % d e la population, qui est musulmane, l’ancien président de Canada Porc International, Jacques Pomerleau, estime qu’à mesure que les revenus augmentent, les Indiens veulent manger de la viande de qualité, y compris les Musulmans. 6. Les femmes comme Mme Patel, membre de la coopérative Sandesar, vont être au cœur de la modernisation de l’élevage laitier de l’Inde. 110028_Cooperateur_NOVEMBRE16 STt.indd 39 16-10-28 14:48 40 COOPERATEUR.COOP – NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2016 | AFFAIRES AGRICOLES de l’État.
Kurien crée le National Dairy Development Board (NDDB) en 1964. Parmi ses coups de génie, celui-ci finance la création d’un réseau national de coopératives en vendant la poudre de lait provenant de l’aide internationale aux consommateurs des grandes villes. La production locale se substitue aux importations. C’est ce que l’on appellera Operation Flood (l’opération abondance), menée de 1971 à 1996.
Ce programme de développement rural, le plus ambitieux au monde, catapulte l’Inde au rang de plus gros producteur laitier de la planète et lui assure son autosuffisance. Quelque 10 millions de petits producteurs ont adhéré à 73 0 00 coopératives pour approvisionner leurs concitoyens en cette boisson essentielle, de qualité supérieure, à un prix abordable. LA RÉVOLUTION BLANCHE 2.0 L’homme sur qui repose la modernisa - tion du secteur laitier de l’Inde, Shri T. Nanda Kumar, directeur général du NDDB, explique avoir trois priorités : 1 ) accroître la productivité à la ferme par l’entremise d’un programme d’amélioration génétique; 2) instaurer un programme national d’alimentation animale; et 3) renforcer les institutions et moderniser le réseau des infrastructures de production, y compris une chaîne de réfrigération permettant de mieux approvisionner les marchés.
Son plan d’action 2010-2019, appelé NDDB phase 1, est financé par la Banque mon - diale à raison de 350 millions $ US. Dans le cadre de ce plan, Shri T. Nanda Kumar a l’intention de presque doubler la production annuelle indienne, pour la faire passer à plus de 210 millions de litres de lait d’ici 2020-2021. Cela dans un pays où 85 % de s producteurs traient deux ou trois vaches et possèdent 75 % de s bovins.
Pour atteindre son premier objectif, Nanda Kumar vise à améliorer la génétique de cinq races de vaches laitières et de cinq races de buffles (l’Inde est le plus gros producteur de lait de bufflonne de la planète). Et pour doubler la production laitière par vache à plus de 2000 kg par an, il compte sur l’importation d’embryons et de semence, un programme de sélection génétique des taureaux et un autre ciblant l’évaluation de la progéniture de ces taureaux. Le but est de produire 100 millions de doses de semence avec un groupe de 2500 taureaux.
Le Canada s’inscrit-il dans ce plan ? « C omparé au Danemark ou à l’Alle - magne, le Canada n’est pas compétitif en matière de prix de la semence Holstein. Par contre, nous avons le Canada dans notre radar pour ce qui est de notre approvi - sionnement en race Jersey » , répond Nanda Kumar. Toutefois, dans une entrevue séparée, le représentant de Semex Canada en Inde, Vimal Datta, indique décrocher L’INDE LAITIÈRE n P lus important producteur de lait au monde, l’Inde produit près de 13 % du lait de la planète. n L e pays veut doubler sa production d’ici 2020 pour atteindre de 200 à 210 millions de tonnes de lait. n N ombre de vaches : 1 99,1 millions; nombre de buffles : 1 05 millions.
Total de 304 millions de bovins. n L ’Inde abrite un cinquième de la population bovine de la planète. n Q uelque 75 % des familles possèdent entre deux et quatre buffles ou vaches. n L a production annuelle moyenne par vache en Inde est de 1000 kg, contre 2038 kg dans le reste du monde. n L e secteur laitier fournit le tiers des revenus ruraux. n E nviron 150 millions de personnes dépendent du revenu de la vente de lait. n M oins du tiers de la production de lait en Inde intègre le circuit officiel de la transformation.
La majeure partie du lait est consommé sur place, à la maison, ou vendu dans les villages. (Sources : FAO, BM, Amul, NDDB) L’INDE, UNE SUPERPUISSANCE AGRICOLE n L ’Inde a presque trois fois la taille du Québec. n A vec 1,3 milliard d’habitants, la population de l’Inde dépassera celle de la Chine en 2050. n I l y a en Inde presque autant de terres cultivées qu’aux États-Unis. n Q uelque 75 % d es producteurs indiens possèdent moins d’un hectare de terre. n L ’Inde est le plus gros producteur de lait, de lentilles et d’épices au monde. n L ’Inde est le deuxième exportateur de viande bovine (bœuf et buffle confondus), après le Brésil et avant les États-Unis. n L e secteur agricole contribue à hauteur de 17,4 % a u PNB du pays. (Sources : F AS/USDA, Banque mondiale) 1 110028_Cooperateur_NOVEMBRE16 STt.indd 40 16-10-31 10:54 41 COOPERATEUR.COOP – NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2016 régulièrement des contrats avec le NDDB, dont le dernier était d’une valeur de 2 millions $ US.
Et le NDDB fait affaire avec un vétérinaire canadien, le Dr Gabriel Couto, pour réaliser ses transferts d’embryons. Outre la génétique, Nanda Kumar mise sur une ration équilibrée pour augmenter la production par bête. Le NDDB met au point une carte d’alimentation nationale « p our chaque animal » , en valorisant les sources d’approvisionnement locales et en utilisant une plateforme numérique. L’idée est de diminuer les frais d’alimentation, qui représentent 60 % d u coût de production à la ferme.
Grâce à l’insémination artifi - cielle et à une ration appropriée, on espère réduire les intervalles de vêlage et écarter du système les vaches non productives. De 20 à 30 % de s vaches n’ont pas de veaux, « m ais elles mangent quand même » , souligne Nanda Kumar. Ce dernier fait une courte parenthèse au cours de l’entrevue pour indiquer que le NDDB met aussi l’accent sur la santé animale par l’entremise d’un réseau de 200 vétérinaires qui dessert tout le pays. Indian Immunologicals Limited, filiale du NDDB, est le plus gros fabricant de vaccins contre la fièvre aphteuse au monde; ceux-ci sont vendus à la moitié du prix international.
Les services vétérinaires offerts aux producteurs sont gratuits. Le directeur général indique que la deuxième révolution blanche en Inde passe aussi par le renforcement des institutions et l’éducation des producteurs. Plus de 100 0 00 d’entre eux suivent des formations annuelles ponctuelles sur la santé et l’alimentation animales ainsi que sur la gestion d’entreprise. Il précise également que l’avenir de cette deuxième révolution blanche repose entre les mains des femmes.
Car au fur et à mesure que les hommes quittent les villages pour fournir de la main-d’œuvre aux secteurs manufacturier et des services, « l ’agriculture se féminise » . Le tiers des 16 millions de membres des 200 coopératives laitières indiennes sont des femmes. « On vise 50 % », conclut-il. AMUL, REINE INCONTESTÉE DE LA PLANÈTE LAITIÈRE INDIENNE Rencontré à Anand, capitale laitière de l’Inde, le directeur général d’Amul, R.S.
Sodhi, n’a pas changé d’opinion depuis son allocution-choc au Sommet international des coopératives ayant eu lieu à Québec à l’automne 2014. Pas question pour l’Inde d’ouvrir son marché par des accords de libre-échange, que ce soit avec la Nou - velle-Zélande, l’Australie, les États-Unis ou l’Union européenne. « T ous ces pays ont des marchés saturés et ne souhaitent que venir écouler leurs surplus en Inde, à un prix AFFAIRES AGRICOLES | 1. Les vaches ne broutent pas toujours dans les meilleurs pâturages 2.
La famille Patel est membre de la coopérative laitière Sandesar. Père et fils traient cinq vaches. Ketan, le fils, n’a pas l’intention de prendre la relève, mais veut aller étudier aux États-Unis. 2 110028_Cooperateur_NOVEMBRE16 STt.indd 41 16-10-28 14:50 42 COOPERATEUR.COOP – NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2016 international qui a chuté de 5000 à 1600 $ la tonne de poudre de lait » , affirme-t-il. Pour le directeur général d’Amul – entreprise qui produit presque autant de lait par année qu’Agropur, mais avec 3,4 millions de membres contre 3467 pour la coopérative québécoise, soit mille fois moins –, tout l’enjeu est là.
L’Inde est autosuffisante en lait grâce à 150 millions de petits producteurs marginaux, qui traient deux à quatre vaches ou bufflonnes par jour. Ces derniers génèrent une production dont la valeur annuelle, de 100 milliards $ CA, est plus importante que celle du blé, du riz et des oléagineux réunis. Pas un gouvernement, même celui de l’actuel premier ministre néolibéral indien, Narendra Modi, ne se risquerait à jouer sa tête en abaissant les lignes tarifaires du secteur laitier pour provoquer un tsunami blanc dans la campagne indienne.
Mais Amul ne joue-t-elle pas double jeu ? La coopérative-vedette indienne exporte de la poudre de lait et divers ingrédients laitiers au Moyen-Orient, aux États-Unis et même en Nouvelle-Zélande. « N ous n’exportons que 1 % de notre production, répond R.S. Notre marché, c’est l’Inde, le plus gros marché du monde, qui croît à un rythme de plus de 4,5 % p ar année ! »
Qu’en est-il de l’investissement qu’Amul a effectué en 2014 aux États-Unis afin d’exploiter une usine laitière au New Jersey ? « C e n’est pas un gros investissement, réplique son directeur général. Il s’agit pour nous d’offrir des produits laitiers aux quelque trois millions d’Indiens qui habitent les États-Unis. » Ce choix stratégique de produire aux États-Unis permet de mettre un terme aux tracasseries administratives des douanes américaines à l’égard des produits laitiers en provenance de l’Inde, renchérit-il.
Mais pourquoi ne pas avoir investi au Canada, avec Agropur, plutôt que chez l’Oncle Sam ? « L e marché canadien est saturé » , explique R.S. Sodhi, en ajoutant qu’il voue une grande admiration à la coopérative québécoise. BIENVENUE AUX INVESTISSEURS ÉTRANGERS Si New Delhi n’entend pas jouer la carte du libre-échange, il accueille à bras ouverts les investisseurs étrangers.
Et ceux-ci répondent présent. Danone, Fonterra, Cargill, Nestlé (la multinationale est active en Inde depuis des décennies) investissent dans le pays pour approvisionner un marché en pleine explosion. Le taux de croissance du PNB du tigre indien atteint cette année 7,4 % , selon la Banque mondiale. Une nouvelle classe moyenne de 350 millions de personnes crée une demande comblée en partie par les chaînes de restauration rapide : M cDonald’s, Pizza Hut, Kentucky Fried Chicken.
« C es investisseurs étrangers sont les bienvenus, dit R.S. Il y a de la place pour tout le monde et c’est bon pour les producteurs ! » Cette ouverture aux investissements internationaux, instaurée en 2010-2011, a incité Amul à sortir de son fief, le Gujarat, pour construire des usines de transformation dans d’autres États, dont celui de l’Uttar Pradesh, le plus important producteur de lait en Inde. Une part croissante de l’approvisionnement en lait provient de l’extérieur du Gujarat.
Sodhi dit ne pas craindre la concurrence, c’est grâce à la formule coopérative et à la force de la marque de commerce Amul. « J amais les sociétaires d’Amul ne vont trafiquer le lait, comme ça s’est vu en Chine avec le scandale de la mélamine » , déclare-t-il. Ce serait en effet tuer la poule aux œufs d’or : A mul verse au producteur 0,80 roupie pour chaque roupie dépensée par le consommateur. La marque Amul est inscrite dans l’ADN des Indiens.
Discret sur son budget de recherche et de marketing, R.S. Sodhi indique que la coopérative met en marché une centaine de produits de première qualité, s’adaptant au goût et aux tendances des consommateurs : l ait au chocolat, lait sans lactose, fromages, crème glacée ou yogourt aux mille parfums, etc. « I ci, le lait aux amandes, c’est du vrai lait auquel on ajoute une saveur d’amandes » , dit-il, sourire aux lèvres. La coopérative distribue en partie ses produits par l’intermédiaire d’un réseau de 8500 kiosques parsemés dans tous les coins du pays.
SUCRE D’ÉRABLE ET VIANDE DE PORC POUR LE TIGRE INDIEN « I maginez si chaque gulab jamun baignait dans du sirop d’érable » , dit Antoine Pfister, chargé depuis trois ans de développer le marché indien au nom des 2000 producteurs de sirop d’érable propriétaires de Citadelle. Le gulab jamun est un petit beignet frit, fait de mie de pain et de lait, qui baigne dans du sucre de canne et dont les Indiens raffolent. INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS LAITIERS EN INDE ... n E n 2011, le fonds d’investissement américain Carlyle Group a acheté 20 % des actions de la société laitière indienne Tirumala.
Celle-ci transforme 1,2 million de litres de lait par jour dans trois États : l’Andhra Pradesh, le Tamil Nadu et le Karnataka. n E n 2012, Danone a aussi annoncé un investissement dans Tirumala. n R abobank, une coopérative financière d’envergure mondiale, établie aux Pays-Bas, a pour sa part investi, en 2012, une somme de 18,5 millions $ US dans l’entreprise Prabhat Dairy, située dans l’État du Maharashtra, par l’entremise de son fonds d’investissement Agribusiness Fund. n R abobank a injecté une autre somme de 12 millions $ US dans Prabhat Dairy, et Proparco, société d’investissement française, a quant à elle investi 9 millions dans cette même entreprise en 2013. (Sources : G RAIN « Defending people’s milk win India », janvier 2014) | AFFAIRES AGRICOLES Le directeur général d’Amul, R.
Sodhi avec en arrière-plan son père spirituel Verghese Kurien, le père de la révolution blanche indienne. 110028_Cooperateur_NOVEMBRE16 STt.indd 42 16-10-28 14:53 43 COOPERATEUR.COOP – NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2016 INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS LAITIERS EN INDE [SUITE] n C es investissements sont réalisés dans la foulée de la venue en Inde des chaînes de restauration rapide. Présente dans ce pays depuis la fin des années 1990, McDonald’s s’est associée avec l’américaine Schreiber Foods et avec la famille indienne Goenka pour former Schreiber Dynamix.
Cette société approvisionne Danone, Nestlé, Yum et KFC. n L a plus grande société laitière du monde, la coopérative néozélandaise Fonterra, a créé une coentreprise avec Indian Farmers Fertiliser Co-operative Limited (IFFCO) et Global Dairy Health (GDH) pour exploiter une ferme de 13 000 vaches dans la zone économique spéciale de Nellore, dans l’Andhra Pradesh. (Selon une source sûre, le projet a avorté parce que les vaches ne pouvaient être éliminées après leur vie active. La vache demeure un animal sacré en Inde.) n L e goliath agroalimentaire Cargill investit en Inde par l’entremise de son fonds Black River Asset Management.
En 2012, celui-ci a injecté 15 millions $ US dans l’entreprise Dodla Dairy, aussi située dans la zone économique de Nellore. (Source : G rain ) « L ’Inde, c’est le Japon d’il y a 30 ans ou la Chine d’il y a 15 ans » , renchérit Philippe Leblanc, directeur du développement des affaires chez Citadelle. Les deux hommes occupent un des 21 kiosques du pavillon du Canada à la foire alimentaire Aahar, le plus gros évènement du genre en Asie, qui se déroule en plein cœur de la capitale indienne, New Delhi. Sur les 872 exposants, certains sont venus de 22 pays pour titiller les papilles du tigre indien, ce qui s’explique en partie par l’essoufflement du dragon chinois.
Tout en croquant des canneberges, les deux représentants de Citadelle disent viser le marché haut de gamme de grandes villes comme Delhi, Bombay ou Bangalore. Le boum économique de l’Inde favorise le développement d’une classe moyenne jeune, qui voyage et qui est plus consciente de l’importance des aliments santé : u n bassin évalué à 350 millions de consommateurs, la taille des États-Unis ! O utre les vertus naturelles du sirop d’érable, les deux chargés d’affaires ont bien l’intention de faire la promotion des atocas (Citadelle a acquis en 2011 la Maison Bergevin, qui produit des canneberges).
Citadelle est la seule entreprise québécoise à avoir une représentation en chair et en os à Aahar. Au pavillon du Canada, quatre entreprises ont laissé de la documentation. Toutefois, cela risque d’être un coup d’épée dans l’eau. Selon Parthi Muthukumarasamy, attaché commercial spécialisé en agriculture au Haut-commissariat du Canada, les Indiens attachent beaucoup d’importance à la relation personnelle, d’où l’importance d’avoir un représentant sur place ou de visiter régulièrement ses contacts en Inde.
Au dire de cet expert, des sociétés québécoises comme Biscuits Leclerc, qui offrent un produit de qualité que l’on ne retrouve pas en Inde, auraient d’excellentes chances de se tailler une part du tigre indien. Les exportateurs de haricots rouges et de soya biologique trouveraient aussi leur compte dans ce pays. Joint au téléphone, l’ancien président de Canada Porc International, Jacques Pomerleau, indique fourbir sa stratégie en dehors d’Aahar. Il dit avoir travaillé sans relâche pour permettre au porc canadien de franchir, en 2016, les barrières tarifaires et non tarifaires du tigre indien.
Dans un pays où sa consommation est interdite pour 20 % d e la population, qui est musulmane, et où la majorité hindoue est fortement végétarienne, vendre de la viande de porc relève-t-il de la folie ? « L es Indiens ne sont pas tous végéta - riens par choix » , dit Jacques Pomerleau, qui a visité l’Inde à deux reprises. « À mesure que leurs revenus augmentent, ils veulent manger de la viande de qua - lité, y compris les musulmans. » I l estime à 60 millions de personnes la tranche de population susceptible de manger du bacon d’Olymel.
C’est plus que la population du Canada ! Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec 418 523-5411 • 1 888 535-2537 Producteurs? Inscrivez-vous à l’évènement et courez la chance de gagner une paire de billets pour les Canadiens de Montréal dans la loge Desjardins! INSCRIVEZ-VOUS AU CRAAQ.QC.CA/EVENEMENTS-DU-CRAAQ 18 novembre 2016 Centre de congrès et d'expositions de Lévis Tarif préférentiel jusqu’au 4 novembre 110028_Cooperateur_NOVEMBRE16 STt.indd 43 16-10-31 13:51
Publication originale intégrale
Le fac-similé intégral permet de consulter la publication dans sa mise en page d’origine.
Ouvrir le PDF original ↗