Quand l’eau prend feu

Chez Dale Zimmerman, une vache agonise de manière inexplicable. L’éleveur soupçonne l’eau de ses puits, où le méthane a atteint une concentration spectaculaire après le forage d’un puits de gaz naturel de charbon à proximité. Une partie du troupeau doit manger de la neige pour s’abreuver.

Quatre fois par semaine, Zimmerman parcourt des dizaines de kilomètres pour rapporter de l’eau potable à sa famille. L’organisme de réglementation lui propose de réhabiliter ses puits. Mais il demande pourquoi le propriétaire devrait réparer à ses frais une ressource qui fonctionnait avant l’industrialisation des champs.

Le prix du gaz

À Rosebud, Fiona Lauridsen voit l’eau du boyau et des robinets pétiller. Une allumette suffit à l’enflammer. Sa voisine Jessica Ernst, ancienne consultante de l’industrie, soutient que des forages ont contaminé l’aquifère. Les compagnies répondent que le méthane peut être naturellement présent dans la géologie albertaine.

La plupart des producteurs de la province cohabitent avec des installations pétrolières ou gazières. Les redevances offrent un revenu appréciable dans une agriculture fragilisée par la crise de la vache folle et la volatilité des prix. Mais une rente annuelle paraît dérisoire lorsque l’eau d’une ferme devient inutilisable.

Le boom du gaz naturel de charbon multiplie compresseurs, routes, pipelines et travailleurs dans les campagnes. Les producteurs signalent aussi des mauvaises herbes transportées par les véhicules, des piquets oubliés dans les champs et une fragmentation du travail agricole. L’industrialisation n’occupe pas seulement le sous-sol: elle transforme la surface.

Des familles face à l’industrie

Prouver une contamination demeure difficile. Les analyses doivent distinguer le méthane naturel de celui libéré par les activités industrielles, et les propriétaires affrontent des entreprises dotées de ressources juridiques et scientifiques considérables. Même une victoire judiciaire ne rendrait pas automatiquement un aquifère sain.

L’économie provinciale tire des milliards de dollars de redevances gazières. Cette prospérité explique une partie du rapport de force et le sentiment de « pétro-tyrannie » exprimé par certains résidents. Les familles rurales portent localement un risque dont les bénéfices circulent à l’échelle du continent.

Dans une assemblée publique, un agriculteur résume l’enjeu: on peut remplacer un puits, mais comment remplacer un aquifère? La question dépasse les cas individuels. Elle demande quelle preuve, quelle précaution et quelle responsabilité une société exige avant de faire passer l’énergie sous l’eau des autres.

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